Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Vu à La Rochelle (8)

Ce vendredi fut, haut la main, la journée la plus décevante depuis le début du festival. J'ai vu deux mauvais films (En parcourant le vaste monde et Monsters), un passable (Belmonte) et un pas mal (Le mariage de Verida). Cela ne pourra qu'être mieux demain.

 

 

Le mariage de Verida, Michela Occhipinti, sortie le 4 septembre

 

 

Il y a toutes les raisons d'être méfiant quand un film occidental se penche sur des us et coutumes jugés barbares, dans un endroit de la planète prétendument moins "développé." En l'occurrence, dans Le mariage de Verida, il s'agit de la Mauritanie et de la pratique qui consiste à gaver de nourriture la promise avant son union arrangée, afin de plaire au futur époux et à la belle-famille. Cependant, malgré les préventions d'usage, le premier long-métrage de fiction de l'italienne Michela Occhipinti semble plus que sincère et honnête dans sa démarche. Tais-toi et mange, tel est donc l'ordre donné à une jeune femme sans que quiconque n'y voit d'objections, hormis les amies proches de la susdite, pour qui la soumission à des règles dépassées est incompatible avec leur mode de vie, plus proche de la "modernité" qu'on ne le pense. Le mariage de Verida trace un portrait sensible et nuancé d'une adolescente partagée entre le respect et la rébellion. Peu de clichés apparaissent dans une peinture sociale qui aurait tout de même gagnée à s'élargir, au-delà du quotidien de son héroïne. La direction d'acteurs d'Occhipinti est remarquable et la mise en scène sobre mais jamais mièvre. La réalisatrice, qui a signé auparavant un documentaire sur le désert, aurait sans doute pu donner davantage d'espace au romanesque mais c'est avant tout un film sur une tradition que l'on a bien du mal à ne pas condamner, aussi étrangers à la Mauritanie et à sa culture que nous puissions être.

 

Belmonte, Federico Veiroj, pas de sortie prévue

 

 

Le cinéaste uruguayen Ferico Veiroj est déjà connu des cinéphiles pour des films minimalistes baignés d'un humour narquois (Acné, La vida util). Belmonte explore la même veine avec le portrait d'un artiste-peintre spécialisé dans la représentation d'hommes nus et qui traverse une certaine crise existentielle alors que son ancienne femme est sur le point d'accoucher et de donner un demi-frère à la fille qu'ils ont eu ensemble. Honnêtement, le film est un peu plat et sans grande progression dramatique, révélant le caractère assez désagréable d'un homme en grande partie asocial, ne devenant sympathique qu'au contact de sa fille. Bien qu'anodine, l'entreprise n'est cependant pas désagréable, ses maigres péripéties s'étirant sur à peine 75 minutes. Au moins, le film reste dans une simplicité et une grande modestie et s'intègre parfaitement dans une oeuvre dont on perçoit la fibre en partie autobiographique.

 

Monsters, Marius Olteanu, sortie en 2020

 

 

Une question reste en suspens jusqu'au bout de Monsters, le premier long-métrage du roumain Marius Olteanu : d'où vient donc l'odeur de rôti qui flotte autour de l'appartement du couple "vedette" de Monsters ? Plus sérieusement, hormis cette énigme accessoire, le film se caractérise par une prétention formelle (format carré, division en 3 segments chapitrés) que contredit un scénario d'un intérêt très limité. D'une certaine manière, Monsters pourrait être une satire du cinéma roumain, quand on s'attarde sur certaines de ses constantes, mais encore eût-il fallu qu'il possède un minimum d'humour, ce qui est loin d'être le cas. Son interminable première partie, constituée d'un dialogue entre une jeune femme à moitié hagarde et un chauffeur de taxi à demi compatissant, donne le ton avec ses dialogues anodins et ses lenteurs exagérées. Rien ne viendra ensuite provoquer le moindre émoi autour du vague thème du vivre ensemble sous la pression sociale. Les deux personnages principaux, qui ne sont pas à plaindre étant donné leur niveau de vie, ne suscitent aucune sympathie et leurs problèmes existentiels ne méritaient assurément pas qu'on leur consacre un scénario.

 

En découvrant le vaste monde, Kira Mouratova, 1978

 

 

En lutte avec la censure soviétique depuis ses débuts, Kira Mouratova réalise enfin son troisième film, En parcourant le vaste monde, en 1978, 7 ans après son deuxième. Il subira lui aussi des coupes sombres mais il s'agit malgré tout du long-métrage préféré de la cinéaste, l'un de ses plus libres, semble t-il. Force est de constater qu'il est pourtant pénible à regarder à cause de la post-synchronisation et d'un scénario digressif autour d'un chantier de construction et d'un triangle amoureux constitué d'une ouvrière et de deux chauffeurs. Les scènes sont soit silencieuses, soit proches de l'hystérie, composant une histoire assez peu lisible et aux éléments disparates. Son caractère subversif est évident mais ce capharnaüm visuel et narratif est parfaitement éreintant.

 

 



05/07/2019
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